France : le disciple du gourou Lama Kunzang mis en examen pour des agressions sexuelles sur huit victimes dans les années 80

Marianne a appris qu’une instruction était ouverte à l’encontre d’un ancien disciple d’OKC, une communauté sectaire présente en Europe depuis les années 70. L’homme est accusé de viols répétés sur au moins huit fillettes. Les victimes, qui ont déjà essuyé un fiasco judiciaire en Belgique, espèrent que l’instruction finisse enfin et que le disciple sera condamné. Elles veulent aussi traduire en justice le gourou, Robert Spatz, déjà condamné à du sursis en Belgique pour des agressions sexuelles.

Après la Belgique, l’affaire OKC pourrait bien faire des vagues en France.

Une instruction judiciaire suit son cours à Aix-en-Provence, a confirmé le parquet à Marianne, après que huit plaintes ont été déposées contre un ancien « éducateur » de Château-de-Soleils.
Cette immense propriété retirée près des gorges du Verdon, non loin de Castellane (Alpes-de-Haute-Provence), a été investie dans les années 80 par le groupe d’inspiration bouddhiste tibétaine Nyingma Ogyen Kunzang Chöling (OKC).
Les plaintes ont été déposées en 2018 par huit femmes mineures à l’époque des faits. L’instruction se poursuit depuis.
L’adepte, éducateur est accusé d’attouchements et viols qui auraient duré pendant des années. L’OKC, dont la dimension sectaire a été signalée dès 1997 par la Commission d’enquête sur les sectes menée à l’époque par l’Assemblée nationale, a été créée par Robert Spatz, surnommé « lama Kunzang Dorje ».

Les faits se sont produits à partir des années 1985 près de Castellane, dans un domaine surnommé Chateau-de-Soleils. Là, une centaine d’enfants d’adeptes de Robert Spatz sont retenus loin de leurs parents, dont la plupart travaillent bénévolement en Belgique ou au Portugal pour le compte d’OKC.

Les enfants reçoivent une éducation conforme aux principes de Spatz, un bouddhisme dévoyé à la seule gloire du gourou. Ils endureront des sévices physiques, psychologiques et sexuelles terribles : battus, exploités, séparés de leurs parents, privés d’une éducation digne de ce nom et contraints à des heures de prière quotidienne. « On est trois générations de gamins passés là-dedans, on n’a pas choisi ce qui nous est arrivé. Aujourd’hui nos vies ont été reconstruites, mais il reste des séquelles à vies malgré une résilience prodigieuse », témoigne Ricardo Mendes, qui a grandi dans cette communauté et porte aujourd’hui la parole des victimes avec qui il a grandi, à Marianne.

Dérives post-68

C’est dans ce contexte de violence que l’éducateur mis en examen aurait abusé d’au moins 8 petites filles. « À Château-de-Soleils, vous aviez deux formes de punition : des privations de nourriture et tout ce qui est maltraitance physique. Coups de bâton, prosternations dans le gel, dans la neige, sous la douche froide… Ce genre de choses. C’étaient les petits garçons qui étaient battus le plus souvent, une dizaine de petites filles ont été abusées par un éducateur puis par la suite Spatz fait de même sur pas moins de 11 cas.

Les abus psychologiques, c’était pour tout le monde », se souvient Ricardo Mendes. Telle était la doctrine de Spatz, la règle d’or : un isolement des adeptes du monde extérieur et, de fait, une séparation entre parents et enfants. « Je me rappelle ne pas avoir vu mes parents pendant 3 ans. Qui est responsable ? Robert Spatz, qui a écrit et fait appliquer cette doctrine ? Les éducateurs, qui étaient eux-mêmes sous emprise ? »

Pour comprendre ces dérives, il faut se replacer dans le contexte de la fin des années 60. La société française traverse une période de libéralisation des mœurs, c’est l’arrivée en France du New Age, baigné d’orientalisme et notamment du bouddhisme tibétain. « Arrivent au même moment ces pratiques dangereuses, qui peuvent facilement être exploitées par des gens charismatiques et mal intentionnés », explique Ricardo. A l’époque, ce sont de nouvelles formes de spiritualité dont personne ne se méfie vraiment, car la figure du dalaï lama ou d’autre dignitaire tibétain qui collabore avec la OKC rassure. « Pourtant, il y a certaines pratiques dans le bouddhisme tibétain, notamment dans l’école Nyingmapa, qui théorisent une relation maître-disciple particulièrement dangereuse. »

Spatz a mélangé les théories de “gourou-yoga” du Vajrayana avec des techniques de manipulations, d’emprise psychologique et de contrôle des adeptes à l’intérieur d’OKC qui est à l’origine de toute cette dérive.

Le « fiasco » du procès belge

En Belgique, l’affaire a fait grand bruit. Il aura fallu 23 ans pour faire condamner Robert Spatz, après les premières perquisitions survenues en 1997 rue de Livourne à Ixelles, où l’OKC a son siège, et à Chateau-de-Soleils et au Portugal en simultané. Une instruction interminable et en 2016, le tribunal correctionnel de Bruxelles le déclare une première fois coupable. Il écope alors de quatre ans de prison avec sursis et fait appel du jugement. Le dossier ira jusqu’à la cassation remportée par les parties civiles et le ministère public, ce qui provoque un nouveau procès à la cour de Liège qui le déclare après 8 mois de procécure en pleine pandémie, une nouvelle fois coupable d’abus sexuels sur mineurs, prise d’otages, abus physiques sur des enfants mineurs, emprise et fraude financière. Le « lama », qui n’a assisté à aucun de ses procès, est condamné à cinq ans de prison avec sursis. Il a, à nouveau, fait appel de cette décision.

« S’il n’a écopé que de cinq ans avec sursis, c’est qu’une énorme partie du dossier s’est effondrée, notamment les délits financiers, faute de preuves ou vices de procédure. Heureusement que nous nous sommes rajoutés à la procédure avec les affaires d’abus sexuels, sinon il n’y aurait vraiment rien eu », décrypte Ricardo, aterré par la décision belge. Il dénonce aujourd’hui la difficulté d’accès à la justice et le manque d’accompagnement des personnes ayant grandi dans un environnement sectaire : « Ça fait des années qu’on se bat pour essayer de faire condamner nos bourreaux : il n’y a pas d’accès à la justice pour les victimes de sectes. Si tu te retrouves en marge de la société, tu n’as plus les outils pour, c’est impossible d’obtenir réparation. Je n’ai reçu aucun soutien d’organismes, à part celui de notre avocat, sans qui rien n’aurait été possible, Je pense qu’il y a encore des personnes à l’intérieur d’OKC qui aimeraient en sortir, mais comme elles n’ont pas d’endroit d’accueil elles restent là. Elles demeurent sous influence. »

Spatz toujours en liberté

Depuis les ennuis judiciaires de Spatz, OKC, qui avait étendu son emprise de la Belgique au Portugal en passant par l’Espagne et la France, semble s’être écroulée. Aujourd’hui, Ricardo Mendes assure qu’il ne reste plus qu’une « dizaine de personnes à Chateau-de-Soleils qui essaye de relancer “le centre” sous la Bannière de Rabjam Rinpoche, un autre grand lama Tibétain, des adeptes qui n’ont rien d’autre que cette vie-là. » Quant à Spatz, il se trouverait en Espagne, où il possède des propriétés à Marbella et Malaga. « Nous sommes toujours inquiets pour des adeptes. Selon nos informations, les abus sexuels continuent. OKCinfo a comptabilisé onze victimes de Robert Spatz depuis les années 80, C’est toujours la même chose : une jeune fille se retrouve attirée par un autre adepte, puis est présentée à Spatz qui lui propose une « retraite ». C’est là que les abus commencent, en prétextant des histoires de tantra, d’énergie, de longue vie… »

Les victimes espèrent désormais que la justice française saura mener une « instruction plus propre » que celle qui a accouché du fiasco belge. D’autres plaintes devraient bientôt être déposées, contre Robert Spatz directement et l’organisation OKC. « Une victime a déjà déposé plainte contre Spatz, d’autres devraient suivre. On espère surtout une condamnation plus sévère. Vont-ils vraiment être jugés, vont-ils être acquittés ? Je pense que la France sera plus juste et qu’ils seront condamnés plus durement. Après tout, ce serait le karma. »

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